Marie-Odile Métral Stiker fut tout à la fois et tour à tour philosophe, passionnée de jouets, psychanalyste, le tout dans l'amour d'un homme, dans l'amitié offerte et partagée, dans une recherche mystique. Elle eut l'art de la composition des forces, inspiré de Spinoza mais aussi de ses maîtres à penser, de Proclus à Stanislas Breton en passant par Jean de la Croix et la grande Thérèse. Voici Marie-Odile, Métral, Métral-Stiker, dans tous ses éclats.
Marie-Odile avait soixante et onze ans quand elle est morte, suite à un cancer du cardia qui la fit souffrir durant dix-huit mois. Elle était née en 1944, durant la libération de Paris, sa mère ayant accouchée dans l’escalier à ce qu’on disait. Ses parents, résistants, la surnommèrent mitraillette, mais si elle ne fut pas le moins de monde guerrière, en revanche elle résista toujours aux préjugés, à la bêtise et à toute forme d’oppression ou de domination.
L’histoire familiale était particulièrement enchevêtrée et elle eut recours à une psychanalyse pour vivre avec ses angoisses, très allégées par ces dix ans de divan. Elle avait véritablement une « tête philosophique », qu’ont reconnue tant Jacques Maritain que Georges Morel, et combien d’autres, mais surtout Stanislas Breton, son « vieil homme préféré ». Les textes qu’elle consacra à ces maîtres qu’elle vénéra dans la seule mesure où ils ne lui imposèrent rien d’autre que l’exigence de penser par elle-même, en témoignent. Elle enseigna la philosophie, avec plaisir mais en supportant mal les lourdeurs institutionnelles.
Dans le même temps elle tint la « Cuisine de mes rêves », boutique de sa mère vieillissante, convertie en magasin de jouets, lieu d’expérimentation ludique pour les enfants du quartier. A l’âge où on n’est plus étudiant elle reprit des études de psychologie clinique. La psychanalyse lui devint tellement familière et attirante qu’elle s’agrégea à diverses sociétés et trouva son lieu à la Société de psychanalyse freudienne (SPF). Sa passion pour ses patients, et surtout les personnes âgées, était égale à celle qu’elle avait pour la philosophie. Dans la maison de retraite où elle passait de longues heures chaque semaine, elle organisait des groupes de poésie et des moments intergénérationnels avec les jeunes enfants de la Maison Dagobert, une halte-garderie accueillant un tiers d’enfants handicapés. L’amitié poursuivie avec les philosophes et avec tous ceux qu’elle aimait, ainsi que l’écoute de ses patients, ne rompait pas sa quête spirituelle commencée avec la lecture de saint Augustin en classe terminale, continuée avec les interrogations sur la vie monastique, l’intériorisation de la vision de François d’Assise, la participation aux recherches ecclésiales de Saint Bernard de Montparnasse, la fréquentation de l’orthodoxie, le tout aboutissant, surtout dans sa dernière décennie, à Jean de la Croix et Thérèse d’Avila. L’oraison et le Carmel la transportèrent vers les cimes mystiques, sans rien lui faire abandonner de sa critique lucide des institutions et des rigidités dogmatiques. La conscience de la force de sa féminité qui la conduisit à garder, la plus grande partie de son existence, son seul nom de naissance, peut servir de symbole de sa résistance. Je ne saurais terminer ce portait de Marie-Odile dans tous ses éclats, dont ce site est le reflet, comme le livre de ses écrits déjà publié, « En relation », sans dire combien elle fut pour moi un véritable Orient, dans un amour constamment partagé, qui a donné naissance à nos deux enfants, Charles-Olivier et Marie-Aurore.